Des contrats trop courts
Se problème trouve d'abord son origine dans la nature même des contrats proposés aux joueurs. Dans la majorité des clubs du National Foot, les engagements dépassent rarement six mois ou une saison sportive. Une fois leur contrat arrivé à expiration, les joueurs sont libres de signer où ils le souhaitent, sans que leur ancien club ne puisse réclamer une indemnité de transfert.
Cette pratique est directement liée au fonctionnement du championnat national. L'absence d'un calendrier stable et de dates clairement définies pour les compétitions pousse les dirigeants à limiter leurs engagements contractuels. Les longues interruptions entre deux saisons aggravent encore cette situation. Durant ces périodes d'inactivité, de nombreux clubs cessent de rémunérer leurs joueurs, rendant pratiquement impossible la signature de contrats de deux ou trois ans.
Un problème qui touche tous les clubs
Pour les joueurs, partir libre devient alors la solution la plus logique afin d'améliorer leur carrière et leurs revenus. Pour les clubs, en revanche, c'est une perte considérable.
Le paradoxe est que cette pratique ne concerne pas uniquement les petites formations aux moyens limités. Même l'AS Mangasport, l'un des clubs les plus puissants du pays grâce au soutien de Comilog, fonctionne régulièrement avec des contrats de six mois à un an. Le club de Moanda demeure pourtant l'une des équipes les mieux dotées financièrement du championnat.
Des conséquences économiques importantes
D'autres formations comme le Stade Mandji, soutenu par la mairie de Port-Gentil, ou encore l'AO CMS, ne font pas exception. La majorité des clubs privilégie des contrats courts, exposant ainsi leurs meilleurs joueurs à des départs gratuits à chaque fin de saison.
À chaque mercato, plusieurs talents quittent le championnat gabonais pour rejoindre des clubs étrangers ou d'autres championnats africains sans générer le moindre revenu pour leurs équipes formatrices. Ces dernières investissent pourtant dans leur développement sportif, leur encadrement et leur mise en valeur avant de les voir partir gratuitement.
Une manne financière perdue
Cette réalité prive également le football gabonais d'une source importante de financement. Dans de nombreux pays africains, les indemnités de transfert permettent aux clubs d'améliorer leurs infrastructures, de renforcer leur centre de formation ou encore de recruter de nouveaux joueurs. Au Gabon, cette manne financière reste quasiment inexistante.
Le cas de Junhior Aubyang Bayanho demeure l'un des derniers exemples d'un transfert ayant généré une indemnité pour un club gabonais, estimée à près de deux millions de francs CFA selon plusieurs sources de l'époque. Depuis, les départs libres se sont multipliés.
Vers une véritable professionnalisation
Au-delà des contrats, c'est toute la professionnalisation du National Foot qui est aujourd'hui en question. Un championnat stable, un calendrier respecté et des contrats de longue durée permettraient aux clubs de mieux protéger leurs actifs et de valoriser leurs joueurs sur le marché.
Car un joueur qui part libre représente bien plus qu'un simple départ sportif : c'est une ressource économique qui s'envole. Le cas Bagnagna n'est donc pas une exception. Il illustre une nouvelle fois les limites du modèle économique actuel du football gabonais, où les clubs forment, révèlent et valorisent des talents… sans en récolter les bénéfices financiers.